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2010Ce matin, j’ouvre les yeux comme un enfant pose son regard sur un monde inconnu. Je reconnais les gens, les lieux et les objets. Je peux en déduire aisément que je ne suis pas amnésique. Et pourtant, je perçois nettement les torsions que mon univers habituel subit. Quelle violente tempête s’abat sur lui au point de faire sombrer ce frêle esquif sous les regards moqueurs du monde ? Cet esquif, c’est mon pays.
Je ne suis pourtant pas particulièrement patriote, mais comment ignorer ce frisson qui me parcours alors que je perçois qu’on s’attaque aux fondements de ma culture ?
On foule ma culture aux pieds. Des gens ont confisqué mon pays, se déclarent ennemis de la science, de l’humanisme et de l’intelligence. Sinon en mots, du moins en faits. Ils rétablissent la noblesse et le Tiers-Etat. Ils ne s’en cachent pas.
France, patrie de Pierre et Marie Curie, de Pasteur et d’Ambroise Paré, comment peux-tu laisser Lascaux, 18000 ans d’art pariétal, se faire profaner par des gens qui confondent Cro-Magon et Néanderthal et qui se fichent de la conservation de ton patrimoine pour peu qu’une caméra braque son projecteur sur eux ?
France, toi qui accueillis Leopold Sédar Senghor à l’Académie française, comment peux-tu laisser des hommes expulser des êtres humains de ton sol au motif qu’ils n’adoptent pas notre mode de vie ? Toi qui te proclames terre d’accueil et de fraternité.
France, terre de Jaurès, Sartes et Mendès France, comment peux-tu laisser ces gens utiliser impunément les armes de la République contre ton propre peuple pour l’affaiblir et enrichir une nouvelle noblesse ? Toi qui scandes l’Egalité sur tes frontons.
France, où vas-tu ? Même le marbre de la Liberté semble s’éroder. France, toi dont la culture rayonna sur le monde, je vois les Lumières vaciller dans le tunnel obscure de l’Histoire.
France, qui sont ces gens qui te tuent ?