I
II
Il existe des lieux épargnés par le tourbillon des foules pressées et des klaxons énervés, des lieux imprégnés de la mémoire de la terre et sensibles à chaque changement de climat.
Pour rencontrer les hommes qui travaillent et vivent de cette terre, il faut quitter sa perception de la réalité, se laisser bercer par le tic-tac du balancier d'une vieille francomtoise et apprendre à sentir le temps sourdre d'entre les carreaux d'un sol poussiéreux.
Ici tout n'est qu'impressions, ombres mouvantes des feuilles sur une vitre sale et reflets moirés provoqués par le dégoutement d'un robinet dans un seau d'eau croupie.
Le bourdonnement des insectes emplit l'espace. Au loin, des pas lourds écrasent le gravier. Une poule chante, un chat s'étire. La vieillesse s'écoule au fil des tâches les plus simples comme nourrir le chien, apporter du bois pour la cuisinière qui avale les bûches avec de grands râles, dormir devant la télévision pendant que le soleil décline, comme la vie.
Plus loin les "jeunes" s'activent. Eux, ils en ont du travail, beaucoup. Selon les saisons, agnelages, moissons et labours se succèdent. Ils ont déjà perdu le langage des anciens et parlent plus volontiers de revalorisation
© Guillaume GARVANESE - Reproduction Interdite